Il n’est pas simplement question de cours pour cuisiner des petits gâteaux et des muffins. Les élèves canadiens confectionnent des tortillas, mettent en conserve la récolte, traient des chèvres et désossent des poulets! Ces compétences sont enseignées par des professeurs qui font partie d’un groupe croissant d’éducateurs qui modèlent l’apprentissage des élèves en les mettant en contact avec des aliments et des agriculteurs locaux. 

Leur passion et leur engagement favorisent ces initiatives, et ils reconnaissent tous qu’il faut davantage de mesures de soutien provinciales, des districts et des écoles pour inciter d’autres professeurs à en faire autant.

« Les enfants veulent cuisiner autant que possible. Et nous n’avons pas de budget pour ça », d’affirmer Lauren Sawchuk, professeure d’économie domestique à la Sisler High School de Winnipeg.  La solution de Mme Sawchuk? Tout cuisiner à partir de zéro. 

« Les élèves apprennent qu’on n’a pas besoin d’acheter des choses préfabriquées. Nul besoin d’acheter une tortilla. On peut faire une tortilla ». Cuisiner à partir de zéro signifie que les élèves acquièrent des compétences culinaires quotidiennement, et goûtent au produit final tous les deux jours une fois qu’il est terminé.

L’exploration de Mme Sawchuk dans le domaine de la cuisine saisonnière avec ses élèves a commencé  par la mise en conserve pendant la récolte. Elle a rencontré plus d’agriculteurs par le biais de liens communautaires et a décidé qu’elle pourrait faire davantage dans sa classe avec d’autres aliments locaux aussi.

Mme Sawchuk complète les commandes et les livraisons hebdomadaires normales avec une livraison de farine le premier mardi du mois, des livraisons de viandes deux fois par mois et des choix de produits frais le mardi. Elle réussit ensuite à recevoir et à entreposer des livraisons dans des congélateurs répartis dans l’école. En quelque sorte, elle suit quel congélateur contient la récolte de poivrons qui ont été poêlés l’automne dernier. La gestion de ces systèmes à la volée exige beaucoup d’engagement et parfois, des courses à la dernière minute au magasin pour ramasser des commandes qui ne pourraient pas être exécutées. 

Fran DeRuyck, le principal producteur de céréales et meunier de Mme Sawchuk, s’empresse de faire l’éloge du travail de Mme Sawchuk, reconnaissant qu’« il faut ce professeur pour aller plus loin ».

L’an dernier, les élèves ont visité la ferme de M. DeRuyck, située à une heure et demie au sud-ouest de Winnipeg, et ont produit de la farine et des flocons pour la première fois. M. DeRuyck apprécie que les excursions scolaires permettent aux élèves de comprendre combien il faut de travail pour que les ingrédients arrivent à l’école : « Juste voir les ampoules s’allumer lorsqu’ils comprennent ce qui doit être fait, comme la culture, puis la récolte et le nettoyage et la mouture. Ce n’est pas seulement en magasin. Cela doit vraiment être fait ». 

Mettre en contact les élèves et les agriculteurs aide à résoudre ce qu’on appelle à la blague le « périmètreritis » autour de Winnipeg. M. DeRuyck décrit qu’on ne connaît pas beaucoup la culture d’aliments à l’extérieur du périmètre de la ville. « On doit expliquer qu’une vache avec des cornes ne signifie pas nécessairement un taureau ».

Un changement semblable dans l’enseignement du cours sur les aliments s’est produit à l’Ermineskin High School à Maskwacis, en Alberta. Scott Hall travaille avec ses élèves du cours d’économie domestique pour préparer le déjeuner, le dîner et une collation après l’école pour 1 000 élèves de la maternelle à la 12e année. Pareil à Mme Sawchuk, M. Hall a établi des relations avec des agriculteurs locaux, dans ce cas la colonie huttérite locale, de qui il achète du bœuf d’animaux nourris à l’herbe, son poulet et son porc.

Le programme de repas de M. Hall dans ce système scolaire géré par les Premières Nations a commencé, il y a cinq ans, par un service de dîner composé de rien de plus que des rôties. Il a débouché sur un simple dîner pour les 300 élèves des écoles primaires et secondaires il y a trois ans sous la direction de l’ancien professeur des cours sur les aliments. Ce travail a inspiré le directeur de l’école et le directeur de l’éducation. 

Avec leur appui indispensable, M. Hall a fait progresser le programme d’économie domestique et les compétences des élèves. Il a lancé trois buffets à salades l’automne dernier et envisage de faire avancer d’autres moyens clés permettant de mettre en contact les élèves avec leur approvisionnement alimentaire, y compris une forêt nourricière, une serre hors réseau et oui, même des poulets.

M. Hall se rend compte que la perception qu’a notre société des cafétérias d’écoles est modelée par les émissions de télévision et les films qui ridiculisent les aliments des cafétérias et les « dames grincheuses qui servent les dîners ». Ces stéréotypes nous enseignent à penser que les aliments des cafétérias seront épouvantables, et pourtant, il sait que ses élèves prouvent que les aliments peuvent être frais, locaux, sains, faits à la main, abordables ET délicieux.

Andreas Zinn, un agriculteur établi juste à l’extérieur de Winnipeg qui vend diverses coupes de viande à Mme Sawchuk, croit que l’éducation alimentaire devrait être obligatoire dans les écoles élémentaires et offerte également comme un cours optionnel dans les écoles secondaires. Les élèves pourraient apprendre sur les aliments, l’agriculture et la nutrition.

« Ensuite, lorsqu’ils vieillissent et font leurs propres choix alimentaires, ils sont alors renseignés sur le sujet au moins. Ils peuvent prendre leurs propres décisions, au lieu que le fabricant leur dise la valeur nutritive des aliments ».

Mme Sawchuk et M. Hall ont fait l’éloge de leur administration solidaire comme principale raison de pouvoir travailler en dehors des sentiers battus. Dans le cas de Mme Sawchuk, étant donné que sa petite subvention des Diététistes du Canada n’a plus cours, l’administration a bien voulu couvrir les frais des excursions scolaires cette année puisqu’elle reconnaît la valeur éducative pour les élèves. Pour M. Hall, il attribue le mérite au Miyo Wahkohtowin Education Board qui gère bien les fonds, donne la priorité aux bons aliments et minimise les obstacles bureaucratiques.

Mme Sawchuk suggère qu’au-delà du soutien de l’école et du conseil scolaire, un soutien financier provincial en faveur d’ingrédients locaux de bonne qualité ainsi que d’excursions scolaires favoriserait grandement l’atteinte des objectifs éducatifs, économiques et de santé. « Ma classe appuie les producteurs et les agriculteurs locaux et cela fournit du travail, de l’argent et de l’emploi dans ma province. Pourquoi n’y a-t-il pas d’argent pour garder ce travail dans ma province? »

Des initiatives comme celles-ci ont souvent du sens pour les parents qui les valorisent du point de vue d’une alimentation saine. Il y a également beaucoup d’élèves qui reconnaissent la valeur de ce qu’ils ont. M. Hall décrit les élèves qui arrivent d’autres écoles qui sont étonnés des aliments servis. « Nous faisons du rosbif et des quartiers de pommes de terre. Nous préparons du bouillon de poulet et de la soupe au poulet à partir de zéro. Ce n’est pas des rôties au fromage ou des sandwichs à la mortadelle. Ils sont tout simplement émerveillés par ce que nous avons ici et ils en sont très reconnaissants ».

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