Le 2 mars 2022, la Communauté de pratique en éducation alimentaire a organisé une conversation pour explorer les moyens d’incorporer les plantes et les connaissances traditionnelles autochtones dans les jardins éducatifs, en offrant deux exemples concrets. Dans le but de poursuivre la conversation du webinaire de novembre dernier qui abordait l’apprentissage axé sur la terre, une conférencière et un conférencier ont été invités pour partager leurs expériences : 
  • Lori Snyder, herboriste et éducatrice métisse, détient une connaissance approfondie des plantes sauvages, médicinales et comestibles qui poussent dans les espaces qui nous entourent. Elle guide des personnes d’horizons variés pour les aider à se reconnecter à la sagesse de la Terre. Lori est une descendante des peuples Powhatan, Dakota, T’suu tina, Nakota, Cree, Nipissing, Dene et Anishinaabe, avec également des origines françaises et celtes. Elle nous a rejoints depuis les terres non cédées des peuples Musqueam, Squamish et Tsleil-Waututh (Vancouver, BC) où elle travaille avec des élèves de la maternelle au secondaire.
  • Tristan Landry, professeur à l’Université de Sherbrooke où il enseigne l’Histoire européenne contemporaine, a partagé son expérience acquise dans le jardin historique de l’université. Tristan est d’origine acadienne et française et s’est joint à nous depuis la terre des W8banaki, les Ndakina. K’wlipaï8ba W8banakiak wdakiw8k (Sherbrooke, QC).
Première partie : Le jardin historique de l’Université de Sherbrooke, présenté par Tristan Landry

Spécialiste de l’histoire de l’alimentation, Tristan a proposé il y a quelques années un séminaire qui prenait la forme d’un cours de cuisine ancestrale. Les élèves ont été tellement passionnés qu’ils ont eu envie d’aller plus loin : de là est née l’idée de créer un jardin historique en 2018. Après avoir visité d’autres modèles de jardins historiques, Tristan et ses étudiants ont créé un jardin de colons français et un jardin autochtone. Dans ce dernier, ils ont bien pris soin d’utiliser des graines ancestrales ou de reprendre des techniques traditionnelles comme la culture synergique (aussi appelé le compagnonnage) de la courge, du maïs et du haricot (les Trois Sœurs). Dès le début, les récoltes ont été incroyables. 

Tristan voulait vraiment développer des collaborations avec des intervenants de différentes communautés autochtones. La première année, il a donc invité une amie à venir cuisiner en plein air ce qui avait poussé dans le jardin. L’année suivante, une Waban-Aki (Abénaquise) qui a un service traiteur dans la région est venue cuisiner avec les élèves les récoltes du jardin. À chaque fois, ces événements ont connu un grand succès, tant auprès des élèves que des médias locaux.

Valérie, une amie de Tristan originaire de la nation Kanien’kehá:ka (Mohawk), est venue cuisiner à l’extérieur pour la première année du jardin historique. Sur cette photo, elle tient un épi de maïs blanc traditionnel mohawk.

Au cours de la troisième année du jardin historique, Tristan a voulu ajouter un bac de culture de plantes médicinales. L’idée était de cultiver et d’enseigner aux élèves des plantes médicinales autochtones, comme le myrte des marais, le tabac sacré, le millepertuis. Les étudiants ont travaillé à vulgariser les usages médicinaux de ces plantes grâce à des panneaux d’interprétation et la création du site internet du Jardin historique. Celui-ci recense toutes les plantes qui ont été cultivées et étudiées dans le jardin, avec une explication précise et des dessins. Les étudiants sont récemment allés encore plus loin en créant une application web nommée « Uiesh » qui tente de recenser toutes les initiatives liées à l’histoire autochtone dans la province et au-delà, comme les musées et les jardins. Tristan envisage de continuer à développer d’autres jardins historiques à l’université de Sherbrooke pour promouvoir l’apprentissage axé sur la terre, comme un jardin Viking. 

Deuxième partie : Présentation de Lori Snyder

Lori a partagé les idées suivantes pour les éducateurs :

Comment décoloniser notre jardin, nos esprits et nos corps? Une école de Vancouver a converti un champ en un jardin roulant médicinal, en cultivant des plantes comme le groseillier à fleurs (que les colibris apprécient particulièrement), la menthe poivrée, le calendula, le cœur saignant, les pissenlits, la rose Nootka, etc. Quand nous faisons pousser autre chose que des légumes dans nos jardins, nous observons des êtres vivants bénéficier de notre travail de la terre, comme les insectes et les oiseaux. Pour en savoir plus sur les pollinisateurs, consultez le livre Victory Gardens for Bees de Lori Weidenhammer, qui a travaillé avec Lori Snyder sur les jardins scolaires de Vancouver.

Lorsque vous concevez un jardin ou que vous amenez les élèves sur le terrain, encouragez-les à réfléchir : À quoi servent ces plantes? Quelles sont leurs propriétés? Pourquoi sont-elles là? Avec ces questions, nous pouvons réfléchir à la réciprocité et aux relations cycliques avec la terre. 

Lori a d’ailleurs suggéré plusieurs activités à faire avec les enfants ou les jeunes :

  • Créez un herbier (une collection de plantes séchées) : cueillez (de manière responsable) des échantillons de différentes plantes et demandez aux élèves de les étudier. Les élèves peuvent les dessiner, frotter les feuilles, observer les détails des plantes et partager ce qu’ils voient, sentent et goûtent.
  • Partagez les dessins de l’herbier le long de la clôture de l’école (voir la photo).
  • Faites un journal et notez : De quoi sommes-nous témoins aujourd’hui? Regardez le soleil, le vent, les ombres ou l’eau.
  • Partagez vos aliments préférés et recherchez leurs origines.
  • Écrivez des poèmes ou des chansons sur la terre, et partagez votre gratitude pour celle-ci.
  • Comparez les plantes à la Théorie des signatures et apprenez comment l’apparence d’une plante correspond souvent à la partie du corps qu’elle aide à guérir (par exemple, les noix et le cerveau humain).
  • Apprenez à connaître un pissenlit ! Déterrez-le, goûtez ses feuilles, ses racines et ses fleurs.

La cour de récréation est une extension de la salle de classe, c’est pourquoi beaucoup de travaux significatifs peuvent s’y dérouler. N’oubliez pas que vous pouvez Observer, Témoigner et Écouter (OTE) lorsque vous êtes dehors. Par exemple, comptez les espèces de plantes (sont elles indigènes donc propres à la région, ou introduites, envahissantes); cherchez les insectes (qui est-il? par qui est-il mangé? que fait-il?); cherchez les oiseaux (quel est son nom? à quoi ressemble-t-il?) et observez le temps (soleil, vent et précipitations).

Par exemple, l’oignon nodule est une plante très intéressante à observer avec les élèves, et vous trouverez plus de détails à son sujet sur le dessin ci-dessous :

  • Bulbe – Aliment très prisé lors des potlatchs;
  • Fleur – Bonne pour les pollinisateurs;
  • Graines – Faciles à récolter et à disséminer;
  • Feuilles – Savoureuses à mâcher pour les élèves.

Conclusion

Groupes de discussion

À la fin du webinaire, les personnes qui ont participé à la rencontre se sont réunies en sous-groupes pour partager ce qu’elles avaient appris des présentations, et pour discuter de ce qu’elles aimeraient apporter à leurs propres jardins éducatifs.

Quelques rappels

  • Le jardin historique nous rappelle la contribution indéniable des peuples autochtones à notre patrimoine agricole et végétal ainsi que les nombreux savoirs traditionnels qui existent chez les Premières Nations.
  • Faites des recherches sur les plantes indigènes de votre région et efforcez-vous de les inclure dans le jardin, aux côtés de vos fruits et légumes. 
  • Avec les élèves, explorez la cour de l’école et voyez quelles plantes indigènes s’y trouvent déjà naturellement.
  • Pour plus d’informations sur les jardins autochtones et des idées de leçons, consultez la Boîte à outil sur l’apprentissage axé sur la terre (en anglais) disponible sur le site de Farm to School BC. D’ailleurs, Lori Snyder a contribué à la leçon 4 : Native Plant Walk (« La marche des plantes autochtones »).

Pour plus d’informations sur ces deux présentations, visitez le site internet du jardin historique de l’Université de Sherbrooke, ou contactez Lori Snyder via son site Web.

Pour visionner l’enregistrement du webinaire, cliquez ici (disponible uniquement en anglais). 

Décolonisez votre jardin! webinar

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