Rédigé par Jeff Kiyoshk Ross, Gestionnaire des programmes autochtones, De la ferme à la cafétéria Canada

À mes yeux, la reconnaissance territoriale devrait être plus qu’une simple déclaration sur ceux et celles qui vivaient ici avant nous. Une telle reconnaissance tisse un lien, et ce lien engendre des responsabilités. Lorsque nous recevons des Savoirs, des récits, de la nourriture, des remèdes médicinaux, des enseignements, un accès aux territoires ou la bienveillance d’une communauté, la réciprocité nous demande ce que nous sommes prêt(e)s à redonner en retour. Ce que nous redonnons n’est pas un simple geste symbolique destiné à rembourser une dette. C’est une démarche continue basée sur le consentement, le respect, le soin, la responsabilité et les actions.

Ainsi, avant de reconnaître le territoire, je souhaite que nous nous posions les questions suivantes : « À qui appartiennent les terres sur lesquelles nous nous trouvons? », « Quels liens rendent possible notre vie ici, et quelles obligations découlent du fait de vivre ici? »

Crédits photos: Jeff Kyoshk Ross – All Our Relations Land Trust Katarokwi (Kington) 

Je souhaite étendre cette démarche à la manière dont nous vivons avec nos proches non humains et à nos relations avec nos pratiques alimentaires. Je vous invite à vous joindre à moi dans cette démarche pour cette Journée du Chandail Orange.

Connaître le nom d’une plante peut être un premier pas. Connaître où elle grandit, les espèces qui poussent près d’elle et la période à laquelle elle réapparaît chaque année peut transformer la relation que vous entretenez avec elle. Et une fois cette connaissance acquise, une question se pose: quelle responsabilité ce savoir implique-t-il? 

Robin Wall Kimmerer la botaniste et écrivaine potawatomi décrit la « récolte honorable » comme une manière de recevoir avec soin les dons du monde vivant. Avant de prélever, nous prêtons attention. Nous réfléchissons à ce qui est nécessaire, à ce qui doit être laissé sur place et à comment nous pouvons rendre à la nature ce qu’elle nous offre. Ses enseignements soulèvent également une question pour l’éducation alimentaire: Si cette nourriture est un don, quelles responsabilités sa réception entraîne-t-elle? 

À l’occasion de la Journée du Chandail Orange, nous nous rappelons des enfants envoyés dans les pensionnats, nous honorons les survivant(e)s et nous reconnaissons les familles ainsi que les communautés qui en subissent encore les conséquences. Nous pouvons également nous interroger sur ce que signifie prendre soin des liens que ces pensionnats ont cherché à briser: les liens avec la famille, le langage, la nourriture, la terre et les liens avec les autres.

Je vous invite à vous promener dans un lieu qui vous est familier. Il peut s’agir d’un sentier, une cour d’école, un jardin ou du pâté de maisons autour de chez vous. Allez suffisamment doucement pour observer des choses devant lesquelles vous passez habituellement sans y prêter attention.

 

Nous avons tendance à photographier des lieux avant de passer à autre chose. Et si, pendant un court instant, votre compte Instagram reflétait votre vie réelle? Attardez-vous sur ce qui est devant vos yeux. Remarquez tout ce qui se passe au-delà du cadre. Et si vous étiez pleinement présent(e) en retirant les lunettes – cette petite boîte dans votre main et ce flux constant d’informations – pour simplement écouter ce qui vous entoure? Qu’est-ce qui chante pour les plantes que vous observez? Les criquets, les oiseaux ou tout ce que vous entendez.

J’ai appris que nos premiers enseignants sont les plantes et les animaux qui nous entourent. Cultiver notre nourriture et aider les autres à se nourrir implique également de prendre en compte tous nos proches non humains pour qui ce lieu est aussi un foyer; que la nourriture est bien plus qu’un apport de nutriments. Pour nous nourrir, nous et ceux avec qui nous partageons cette planète, nous sommes confrontés aux grands enjeux de l’histoire et du territoire. Je tiens à souligner la responsabilité qui nous incombe à tous, ainsi que notre capacité à agir pour susciter le changement, aussi modeste soit-il. En ce jour, je vous invite à sortir, à commencer à tisser ces liens et à reconnaître l’importance de l’Histoire et du lieu.

Les principes de la « récolte honorable » ne sont pas consignés par écrit, ni même systématiquement énoncés dans leur ensemble; ils se manifestent par les petits gestes du quotidien. Toutefois, si l’on devait les énoncer, ils ressembleraient à ceci:

  • Apprenez à reconnaître les besoins des personnes qui prennent soin de vous, pour que vous puissiez prendre soin d’elles en retour.
  • Présentez-vous. Assumez votre responsabilité en tant que personne qui vient demander la vie. Demandez la permission avant de prendre. Respectez la réponse obtenue.
  • Ne prenez jamais en premier. Ne prenez jamais en dernier. Prenez uniquement ce dont vous avez besoin.
  • Ne prenez que ce qui vous est offert.
  • Ne prenez jamais plus de la moitié. Laissez-en pour les autres. Récoltez de manière à réduire au maximum les impacts.
  • Faites-en un usage respectueux. Ne gaspillez jamais ce que vous avez prélevé. Partagez.
  • Exprimez votre gratitude pour ce qui vous a été donné.
  • Offrez un présent en retour de ce que vous avez prélevé.

Visionnez la vidéo The Honourable Harvest (la récolte honorable) de Robin Wall Kimmerer (en anglais seulement).

Soutenez ceux et celles qui vous soutiennent et la Terre perdurera à jamais. 

N’ayez pas peur de demander. N’ayez pas peur de la réponse que vous recevez.

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