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Pour célébrer le Mois De la ferme à l’école, qui porte cette année sur l’apprentissage axé sur la terre, nous voulions mettre en valeur les avantages des forêts nourricières, et expliquer pourquoi les écoles et les communautés partout dans le pays les mettent en place.

À titre d’exemple, dans cet article de la chaîne anglaise CBC, des représentants de la Port Elgin Regional School, en Ontario, décrivent comment ils ont travaillé avec la nature plutôt qu’à son encontre pour transformer des terrains vierges en paysages comestibles. Et ce n’est pas la seule école à avoir choisi cette voie!

Mais c’est quoi, au juste, une forêt nourricière?

En termes simples, une forêt nourricière, c’est un potager où l’on plante des légumes, des herbes et des arbres fruitiers en imitant les tendances que l’on observe dans la nature. Il s’agit d’un jardin de vivaces, des plantes qui sont généralement très résilientes.

De l’Ontario au Nouveau-Brunswick, à Terre-Neuve-et-Labrador et ailleurs, les forêts nourricières gagnent en popularité grâce au potentiel de soutien qu’elles ont pour l’environnement, la sécurité alimentaire et la résilience climatique. 

Il n’est donc pas surprenant que les forêts nourricières offrent également de nombreuses opportunités d’éducation, surtout dans le cadre d’une démarche d’apprentissage axée sur la terre et s’appuyant sur le savoir autochtone.

En fait, en Colombie-Britannique, on a trouvé des forêts nourricières qui ont été plantées par des peuples autochtones il y a plus de 150 ans. Selon ce dernier article, les jardins forestiers regorgeaient de plantes qui avaient des bienfaits pour l’être humain, et ils continuent à servir de source de nourriture pour les oiseaux, les ours et les insectes pollinisateurs, même après 150 années de négligence. 

Dans ce même article, une écologiste spécialisée en histoire ajoute qu’il s’agit là d’un exemple de la capacité humaine non seulement à laisser la biodiversité s’épanouir, mais aussi à s’y intégrer. L’article poursuit en exposant un fait connu, soit l’idée que le savoir autochtone occupe une place importante dans les efforts de conservation.

L’exemple d’une forêt nourricière impressionnante dans une école

La Skeetchestn Community School, bénéficiaire de l’une de nos bourses et située dans une petite collectivité rurale près de Kamloops, en Colombie-Britannique, a créé une grande forêt nourricière qui en est actuellement à sa troisième année. Elle a été conçue par Shelaigh Garson, paysagiste spécialisée en permaculture qui travaille avec les écoles autochtones à Kamloops à titre de personne-ressource pour les jardins scolaires. Shelaigh assure l’entretien de la forêt nourricière durant toute l’année (y compris à l’été) et enseigne pendant l’année scolaire.

La forêt nourricière impressionnante de l’école compte six grandes terrasses, reliées par un sentier en rigole, aménagé sur un fond de deux pieds de paillis d’écorce et de copeaux d’arbre. Le sentier fait office de système de récupération de l’eau de pluie et de fonte des neiges. Chaque terrasse, ou « berme », mesure entre 40 et 65 pieds de longueur sur 7 à 10 pieds de largeur et épouse le contour d’une colline. Comme c’est le cas pour toute forêt nourricière, une planification minutieuse de la structure porte ses fruits : chaque palier exhibe un mélange singulier de plantes, les divers arbres fruitiers et plantes de base entourés d’un tapis d’arbustes et de vivaces compagnes; on y retrouve poiriers, pêchers, abricotiers, pruniers, cerisiers et pommiers avec, en sous-étage, une variété d’arbustes à petits fruits, plantes, herbes, plantes médicinales indigènes et culturellement appropriées, plantes à pollinisateurs, et bien plus encore; les planches et les bermes de jardin sont recouvertes d’une généreuse couche de paillis de copeaux de bois, de fumier et de compost; chaque année, on plante en bordure de l’ail, ainsi que des plantes qui éloignent les animaux. Chaque couche de plantes a une fin précise, attirant à la fois les oiseaux et les pollinisateurs.

Selon Shelaigh, le principe de la foresterie nourricière est d’imiter la nature. Nous y observons comment chaque élément est relié à son entourage, les fonctions sont empilées, de la création du sol à la récupération de l’eau, en passant par la plantation de mélanges singuliers de plantes (un genre de système de compagnonnage) qui s’entraident. Elle ajoute que la forêt nourricière, c’est un peu comme si on accélérait un système naturel et qu’on y greffait l’interaction humaine pour que tout se déroule plus rapidement. À la longue, le système finit par s’autoentretenir et devenir un écosystème autonome.  

Lorsque Shelaigh part en excursion dans la forêt nourricière avec des élèves (que ce soit pour une visite, la récolte, une expérience scientifique ou simplement pour voir ce qui pousse), ces derniers s’y rendent avec empressement et sont avides d’apprendre. C’est une excellente façon d’intéresser les jeunes aux activités en plein air qui sont à la fois intéressantes et divertissantes, mais ces activités s’inscrivent en outre dans le programme pédagogique.

N’est-il pas vrai, après tout, que la pandémie a fait ressortir la nécessité et la volonté de créer des espaces éducatifs en plein air? La complexité de la forêt nourricière se veut ainsi une salle de classe par excellence. Les élèves y apprennent de tout, du changement climatique à la culture des aliments, de la récupération de l’eau à la réutilisation de l’énergie, et bien plus encore. 

Le projet bénéficie par ailleurs d’un financement approuvé pour l’installation de citernes d’eau et l’aménagement d’une vaste cave à légumes par l’entremise du Programme d’infrastructure Investir dans le Canada. L’école prévoit aussi ajouter un volet d’élevage (poulets, canards, petit bétail) au système de forêt nourricière. 

Shelaigh explique que, lorsque la classe se trouve dans la forêt nourricière, l’enseignement n’est pas structuré et des choses très intéressantes se produisent spontanément. Environ 70 % des élèves sont Autochtones; ils ont donc toujours eu ce lien culturel avec la terre. La paysagiste-enseignante signale qu’elle apprend aussi beaucoup de ses élèves.

La forêt nourricière a aussi agi comme soutien communautaire pendant les difficultés continues causées par la pandémie et les feux incontrôlés. L’année dernière, pendant le confinement, la forêt nourricière a permis de remplir des boîtes Goodfood qui ont été livrées aux aînés de la communauté. L’école a par ailleurs réussi à réunir les gens en toute sécurité dans cet espace extérieur pendant cette période d’isolement, grâce à des activités annuelles telles que le festival de l’ail et le festival des lumières. 

Comment tout cela a-t-il commencé? La forêt nourricière de l’école Skeetchestn est le fruit de liens établis entre le Kamloops Food Policy Council, la Qwemtsin Health Society et De la ferme à la cafétéria Canada. Cette collaboration a mené à une bourse Cercle d’apprentissage accordée à la communauté par l’organisme, en partenariat avec le Social Planning and Research Council de la Colombie-Britannique. Le Cercle d’apprentissage prônait une rencontre avec les aînés, les enseignants et les membres de la Première Nation Skeetchestn qui souhaitaient s’attaquer à l’insécurité alimentaire et à la souveraineté alimentaire traditionnelle dans la région en instaurant des pratiques culturellement appropriées dans le cadre de programmes alimentaires. Shelaigh a proposé l’idée de la forêt nourricière et a créé un plan en s’inspirant des principes de la permaculture. L’école et la Première Nation Skeetchestn ont approuvé le projet et ont obtenu l’aval de quelques bailleurs de fonds. Le ministère des Ressources naturelles (l’intendant du territoire de la Première Nation) a fourni la main-d’œuvre, la machinerie et la terre. Le ministère des Travaux publics et de l’Habitation a aussi prêté main-forte en contribuant de façon continue à l’irrigation et à l’entretien, et en assurant une subvention d’Arbres Canada.

Une collaboration communautaire qui s’articule autour du savoir traditionnel

La collaboration communautaire donne aussi naissance à de grandes choses à l’autre extrémité du pays.

Frank Skeard, forestier à Gander (Terre-Neuve-et-Labrador) et membre du conseil de la Première Nation Qalipu, est animé par les discussions qui ont eu lieu dans sa communauté au sujet de la production alimentaire durable, des forêts nourricière et de la préservation du savoir traditionnel.

« Les aînés de nos communautés ont une vaste richesse de connaissances à transmettre, explique-t-il. Il nous faut intégrer ces connaissances à tout ce que nous faisons avant qu’elles ne soient perdues à jamais. C’est ce savoir traditionnel qui va nous permettre de réduire notre empreinte écologique et de devenir une société plus résiliente. Plus nous en apprenons, plus nous saurons nous adapter. » 

Avec l’aide du conseil de la Première Nation Qalipu, des particuliers et des groupes se serrent les coudes pour faire progresser les efforts de développement durable. (Parmi ces groupes figure un organisme sans but lucratif fondé par Frank et sa fille Kikmanaq.) Ces efforts se concrétisent par des projets visant à établir, d’ici une ou deux saisons, une forêt nourricière sur des terrains verts inutilisés, en commençant par la plantation de quelques arbres fruitiers. 

« Nous nous sommes éloignés de ce genre de choses et nous commençons à nous rendre compte que nous n’aurions pas dû. Nous essayons maintenant de réapprendre ces connaissances et ces compétences. » C’est ce qui explique la collaboration de la communauté pour bâtir ce savoir, notamment par des séances virtuelles offertes au cours de la dernière année qui abordent des sujets comme les plantes comestibles, la cueillette et les techniques de culture, de récolte et de conservation. Frank ajoute que quelques-unes des séances ont jumelé le savoir autochtone traditionnel et l’art culinaire moderne de façon très originale.

C’est une question de valeurs communes et d’esprit de collaboration.

« Les peuples autochtones vivent en harmonie avec l’environnement naturel depuis le début des temps, conclut Frank. Ils comprennent en quoi la succession naturelle peut garantir une source durable d’aliments pour leurs communautés. Ils savent aussi pertinemment qu’ils doivent trouver le juste équilibre entre consommation et renouvellement des forêts nourricières. »

Vous aimeriez en savoir davantage?

Nul besoin d’avoir un terrain immense pour adopter le concept de la forêt nourricière. 

Dans cet article de la CBC, Jonas Roberts, un consultant en changement climatique, fait savoir que l’on peut même commencer avec un pot. Il s’agit simplement de créer différentes couches et d’y mettre différentes plantes qui s’aident mutuellement. Toujours selon lui, il suffit de trouver ce que vous cherchez à créer dans votre « forêt », puis de tenter de puiser dans ce que la nature nous a appris pour essayer de cultiver des plantes qui deviennent autonomes.

Le site Project Food Forest propose une foule de renseignements utiles.

Si vous souhaitez en savoir  davantage sur le sujet, cette étude de l’Université Leuphana, à Lüneburg, analyse l’état actuel des forêts nourricières et explique encore plus en profondeur leur potentiel pour le développement des systèmes alimentaires durables.

Cette grande ressource que constituent les forêts nourricières pour les collectivités nous remplit d’enthousiasme, et nous reconnaissons le potentiel d’intégration de ces forêts aux écoles dans le cadre de l’approche De la ferme à l’école.

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